Un petit jeu 8‑bit aussi étrange qu’attachant
Zub est le premier jeu développé par les frères Pickford, Steven et John, et édité par Mastertronic en 1986 sur les trois plateformes 8‑bit les plus populaires d’Europe : le ZX Spectrum, le Commodore 64 et l’Amstrad CPC.
Le personnage principal, Zub, est un soldat de bas rang de la Seconde Glorieuse Armée de Zub 1.
Génétiquement modifié pour la guerre mais dépourvu du courage nécessaire pour devenir un héros, il a passé des années à éviter soigneusement les combats et les missions dangereuses. Jusqu’au jour où le destin le rattrape : le roi Zub lui confie la mission de se rendre sur Zub 10 afin de récupérer l’Œil Vert de Zub, dérobé par un autre soldat.
L’histoire se déroule dans le système Zub, composé de dix planètes orbitant autour d’une étoile du même nom. Chacune est habitée par un royaume rival, les Zubs, dont les conflits incessants menacent de détruire l’univers tout entier.
Un gameplay simple, mais plus subtil qu’il n’y paraît
Chaque niveau est constitué de plateformes flottantes entre lesquelles il faut sauter pour atteindre le sommet sans chuter.
L’objectif est d’atteindre la plateforme la plus haute du 10ᵉ étage afin d’accéder au téléporteur. Pour y parvenir, il faut sauter de plateforme en plateforme tout en esquivant ou en éliminant grâce à votre pisto‑laser les robots volants ennemis. Chaque contact avec un robot ou avec le mur invisible en bord d’écran vous fait perdre un peu de vie.
Le gameplay est d’une simplicité extrême, mais il illustre parfaitement l’adage de Nolan Bushnell : “easy to learn, hard to master”.
Les mouvements sont précis mais soumis à une inertie qu’il faudra apprivoiser : la moindre erreur vous précipitera vers le sol, ruinant votre ascension et vous obligeant à repartir du rez‑de‑chaussée. Heureusement, les commandes sont parfaitement réactives.
La vrai difficulté vient du fait qu’il existe trois plateformes de téléportation, et qu’il est impossible de savoir à l’avance où mène chacune d’elles. Le joueur doit donc compter sur la chance… ou dessiner une carte, sous peine de tourner en rond et de refaire un niveau déjà complété.
Technique, musique et ambiance
Le décor se limite à un fond étoilé défilant avec un scrolling multi‑plans du plus bel effet pour l’époque.
La musique, elle, est signée par le célèbre compositeur britannique David Whittaker, auteur de nombreuses bandes-sons marquantes de l’ère 8 et 16‑bit : Shadow of the Beast, Speedball, ou encore l’adaptation du morceau de Bomb The Bass pour Xenon II.
Une fois encore, il livre une composition entraînante, mémorable, et qui donne envie de relancer une partie.
Les différentes versions
Le jeu a d’abord été développé sur ZX Spectrum, puis porté sur Commodore 64 et Amstrad CPC.
J’avoue que la version Sinclair a ma préférence. Même si cette machine est sans doute la plus limitée des trois, cette version est très homogène et ne souffre d’aucun défaut notable ; la maniabilité y est parfaite.
La version Amstrad, quant à elle, est handicapée : les développeurs semblent avoir oublié de convertir la possibilité de basculer de l’écran des points de vie de notre héros vers le mode radar… ce qui nuit considérablement à la jouabilité.
La version C64 est sans doute plus belle graphiquement et plus agréable à l’oreille, mais le héros y est plus pataud, moins aérien. Ce n’est pas catastrophique, simplement un peu moins intuitif.
Fun fact
Le jeu aurait dû s’appeler Zob, mais la connotation évidente en argot français a poussé les développeurs à modifier le titre. Le « O » est donc devenu un « U ».
Un petit jeu… un vrai succès
Développé en moins de cinq mois avec un budget réduit, et commercialisé par un éditeur habitué aux productions très modestes, Zub a pourtant connu un joli succès, avec plus de 150 000 exemplaires vendus. Un résultat qui en fait un titre indéniablement rentable pour cette époque où l’industrie vidéo ludique étant encore naissante en Europe.
Bien sûr, Zub reste un jeu modeste, loin des grandes productions de son temps. Mais c’est un titre décalé, absurde, loufoque et totalement atypique. Il est surtout attachant et étonnamment addictif.
Un jeu méconnu, certes, mais qui mérite que les amateurs d’ordinausaures 8‑bit lui consacrent quelques heures pour le faire revivre.
Et puis… vous n’allez quand même pas laisser tomber le roi Zub : il compte sur vous, bande de lâches !

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